Textes de Corinne – L’ailleurs

Il était 9 heures et je déambulais dans le salon, repoussant l’instant où je devrais partir travailler.
L’ordinateur portable était allumé sur la table basse en panneau de particules noir, fonctionnelle mais sans charme. Je l’avais achetée sur un coup de tête chez Ikéa. Comme souvent, j’avais été attirée par la mise en scène proposée par ce grand magasin, et avais acheté cet objet, oubliant que mon intérieur n’avait rien de particulièrement cosy. Ainsi les meubles du salon se côtoyaient sans réel fil conducteur si ce n’était le caractère impulsif de leur acquisition. C’était le cas de la grande barute récupérée dans la grange de la maison familiale alors qu’elle tombait en décrépitude, percluse de vermine. Un artisan menuisier lui avait offert une seconde vie, remplaçant ses vieux pieds vermoulus, par de solides socles en chêne. Elle apportait à présent un peu de chaleur à la pièce, trônant de son bois patiné entre les deux baies vitrées. Elle ne contenait plus de blé depuis bien longtemps, mais regorgeait de dizaines de cassettes vidéo de films cultes dont j’avais du mal à me séparer. J’espérais un jour les copier sur des supports plus actuels.
Posté à l’angle d’une des deux baies vitrées, un schefflera allait bientôt entrer en état de vie ralentie tandis que les jours raccourcissaient inexorablement. Son feuillage panaché de blanc et de vert tendre offrait comme un écho aux couleurs pastel de la reproduction de Dali, peinte par Giscloux. J’avais commandé ce tableau à cet ami peintre toujours fauché, pour lui permettre de faire face à une période de vaches maigres. Il ne m’avait finalement pas coûté grand chose au vu de l’effet qu’il produisait sur les rares amies qui venaient me voir. La jeune fille à la fenêtre était posé à même le sol. Comme pour les vieilles cassettes entreposées dans la barute, j’avais l’intention de m’en occuper. Je projetai de l’accrocher au mur, un jour, bientôt, peut être aux prochaines vacances.

Il en allait de même pour la lampe à l’abat jour déchiré que ma fille aînée avait gagné au loto des écoles. Sa réparation se voulait être imminente. Je n’imaginais surtout pas m’en séparer, objet témoin de jours heureux, du temps où, comme on dit, les enfants étaient petites.
Enfin, adossé au mur et épousant l’angle de la pièce, le canapé indispensable à mes rêveries nocturnes lorsque les insomnies me tiraient du lit. Je me devais d’éliminer chaque matin les poils du chat blanc qui maculait le ton marron pâle du tissu de velours. Un plaid était négligemment jeté sur l’accoudoir tandis que des revues disparates attendaient de devenir trop obsolètes, pour être remisées : deux anciens numéros de Télérama, le journal de la commune et celui du conseil général disputaient la place à un roman de Milena Agus, une BD de Corto Maltèse que mon mari s’apprêtait à lire et une revue d’écomonie abandonnée par l’une de mes filles.
Lasse de tout ce désordre, je m’approchais de la baie vitrée.
Le soleil naissant de ce début d’automne m’éblouit. Dans le patio de mon immeuble attenant au parking, j’aperçus la forme famélique de cornouillers dont les feuilles commençaient à tomber. Ils m’apparurent dans toute leur maigreur, espèces banales et passe partout que des architectes paysagers avaient dû choisir par souci d’économie. Je jetai un rapide coup d’œil sur le pare-brise de mon vieux coupé Mercedes, enfin déserté par le givre.
Sur le banc métallique bordant le cheminement piétonnier, je fus passablement agacée par la vue d’un emballage de fast-food abandonné, tout prêt d’une poubelle. Provocation sans conséquence de jeunes qui avaient dîné là hier soir, d’un air de dire : OK, la poubelle est toute proche, mais voyez vous, nous, on aime les Mac Do et on vous le prouve !
Mon regard s’attarda ensuite sur les façades alentours. Quelques fenêtres aux rideaux tirés sur des dizaines d’intimité me laissèrent songeuse. Et si quelqu’un m’observait, jeune femme indécise fixant cet extérieur étroit, que verrait-il de moi ?
Mon regard se perdit alors et les façades qui me faisaient face firent place à celles que j’apercevais de ma chambre d’hôtel à Tredos, lorsque j’avais encore la possibilité de me rendre dans ce petit village du Val d’Aran.

Ces façades toutes proches offriraient d’étroites ouvertures scandant les murs de pierre grise. Au dessus des toits d’ardoise, les sommets enneigés apparaîtraient dans l’aube naissante. Il serait temps de me mettre en route.
L’ascension commencerait par un chemin le long d’un ruisseau au murmure apaisant. Il emprunterait des lacets tracés par des générations de montagnards aguerris, selon une logique pleine de bon sens. Progressivement la végétation luxuriante ferait place à des arbrisseaux graciles bientôt remplacés par des cactus rondouillards. La terre grasse des étages inférieurs se transformerait lentement en un substrat sableux ponctué ça et là de rochers irréguliers. Mes pas soulèveraient une fine poussière tandis que monterait du sol une odeur chaude et réconfortante. Je ne ressentirais aucune fatigue, surprise par la légèreté de mes pas cadencés.
Au détour d’un chemin, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants salueraient mes efforts. Les ponchos colorés recouvrant leurs épaules et leurs chapeaux frangés richement décorés témoigneraient de leur origine quechua, ce peuple descendant des Incas. Ainsi, le sommet enneigé dominant ces plateaux serait l’Aconcagua, ce pic mythique d’Argentine dont j’ai souvent projeté de faire l’ascension. Je n’aurais jamais été aussi proche du but.
Au contact de ce peuple inconnu, je ressentirais, telle une transmission, l’énergie séculaire qui leur laisse arpenter ses paysages arides et ventés avec sérénité. Une jeune femme guiderait doucement au bout d’une longe un guanaco facétieux, premier lama sauvage de sa lignée à accepter de se laisser domestiquer. Elle s’approcherait sereine, allant à ma rencontre, souriant avec aménité. Lové dans une grande étoffe accrochée à son dos, un enfant dormirait d’un sommeil paisible, bercé par le déhanchement de sa mère. Ondulant au rythme de ses pas, le mouvement fluide de plusieurs jupons chatoyants maintenus par des ceintures tissées : elle m’en proposerait un, telle une offrande, ultime invitation à poursuivre ma route.
Dans le ciel aux couleurs azurées, un condor offrirait sa silhouette royale à mon regard fasciné, laissant deviner le blanc de ses rémiges étirées tels des doigts vers l’infini des cieux.
Soudain, son cri déchirerait mon rêve.

Laisser un commentaire

Classé dans Camille Sanchez, Les personnages, Les textes écrits, Textes de Corinne

Textes d’Ersie – La chanson

Je vous observe tout seul dans mon coin
Allez y faites comme si je n’étais pas là
Je n’en peux plus de ce ménage à trois, drôle de galère
Je suis jaloux comme pas possible
Il en profite, il devient impassible
Je tourne le dos, Il te propose
Avec les copains partir au cinéma
Pendant ce temps j’avale mes larmes
J’en ai ma claque
Paraît que le film n’est pas intéressant
Moi je fais des projets d’assassinat
Des projets, des cauchemars, toujours plus noirs
Des projets des cauchemars toujours des cauchemars
Et des cauchemars, toujours noirs

Je vous observe tout seul dans mon coin
Prenez le métro moi je reste là
Je vis un enfer de jalousie
J’ai dans ma tête des flingues et des gourdins
Je les amène dans le lit avec moi
Et sous mon ciel de vengeance
J’entends rire, je vois ma déchéance
Parfois je rêve, je divague, je vois des vagues
Et dans ma descente aux enfers
Je vois un ange qui vient me chercher
Pour sortir de ma galère je fais des projets
Des projets des cauchemars toujours  plus noirs
Et des cauchemars toujours noirs

 

Sur l’air de POINÇONNEUR DES LILAS de Serge Gainsbourg

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Texte d'Ersie

Textes d’Ersie – L’Instant T

Le 20 octobre 2011 à 9h00 du matin

Ali était assis dans la cuisine en train de mordiller son crayon.

Ali se réveilla ce matin à 8h28. Il resta allongé et écouta la météo les yeux fermés. Il n’aimait pas les jours de grève : Il n’y avait pas de bulletin météo et cela le rendait nerveux. Mais ce matin-là tout allait bien. Il enregistra dans sa tête les températures prévues aux quatre coins de l’hexagone. Lorsque à la radio il entendit « Il est 8 heures 30 » il consulta la montre à son poignet. « 8 heures- 30 minutes- 15 secondes ! » Ali eut un petit rire de satisfaction. Grâce à sa montre radio-pilotée il disposait toujours de l’heure exacte ! A la radio ils avaient 15 secondes de retard !
Il lui sembla entendre le vieux sage là bas au village :
- Tu n’a pas besoin de montre mon fils ! Quelle heure est-il ? Quel temps il va faire ? Qu’est-ce qu’il va se passer aujourd’hui ? Tout est écrit ! Il suffit de regarder le ciel !
Pas besoin de montre ??? Regarder le ciel !!! Il voudrait bien le voir le vieux ici ! Dans cette banlieue à côté de Toulouse ! Dans ce sombre appartement au rez-de-chaussée ! Certes les habitants pensaient que la ville avait du charme. Elle était construite sur une colline. Avec des maisons spacieuses près du sommet. Et avec l’immeuble social tout à fait en bas. Ali y habitait avec son frère. De sa minuscule fenêtre Ali ne voyait pas le ciel.  Et sans accès au ciel comment diable connaître la météo ou prévoir ce que la journée nous réserve ?
Sa journée ??? A 28 ans, il travaillait en tant que contrôleur au métro toulousain. Cela lui donnait une certaine importance. Et la possibilité de rêver un peu… Son job consistait à regarder les passagers mettre eux-mêmes leur titre de transport dans le portique automatique.
Il se leva et se regarda dans la glace.
- Tante Asma a raison ! Avec mon physique et ma situation il temps de me marier !
Il se regarda  de plus près. Il était grand… la tête carrée… la mâchoire décidée…l’œil vif !
- Je suis quand même beau gosse ! Je gagne ma vie ! Je porte un uniforme ! Plus d’une fille au pays me prendrait comme mari… Alors pourquoi diable Naima a préféré partir ? Même pas avec un autre ?
Il sentit la colère l’envahir.
- Qu’est-ce qu’elle voulait au juste ? J’ai un joli appartement, de beaux meubles, une  radio, une télévision !
Dans sa fureur il déforma la réalité : le logement appartenait à son frère. Ils avaient récupéré les meubles chez un ami. Plus d’une fois Naima lui avait dit qu’ils étaient vieux et sans aucun goût.
Sa colère ne dura pas longtemps. Ali était préoccupé.
Il resta indécis derrière la porte.
Il tendit l’oreille. Rien !
Il s’habilla et traversa sans faire du bruit le salon. Il s’arrêta un moment pour regarder l’homme qui dormait sur le canapé. Il ne saurait pas dire pourquoi mais cet inconnu lui était antipathique. Depuis qu’il était là Ali ne se sentait pas chez lui. Pourquoi son frère avait-il voulu l’héberger ?
Il rentra dans la cuisine. Il ne supportait pas le silence. Il alluma la radio. Il reconnut l’air de « Poinçonneur de lilas » de Gainsbourg. Un jeune chanteur, s’était inspiré de cette mélodie pour écrire des paroles inédites. Il capta des mots comme « Jalousie… Cauchemar…. Vengeance…. »
Il s’assit pour prendre son café. Il avait besoin de réfléchir et prendre des décisions. Cette perspective l’angoissait ! Jamais il ne prenait des décisions… il suivait en général l’avis de son frère. Pourtant aujourd’hui il fallait y arriver !
- Qu’est-ce que je vais faire avec cet homme ? Il faut que je lui parle… Non ! Lui écrire ? Le mettre à la porte ?
Il regarda son chat en attendant une réponse. Le matou le contempla un instant puis ferma les yeux. Ali soupira. Des pensées encore plus importantes le tourmentaient.
Il sortit de sa poche la photo d’un homme tatoué découpé dans un magazine. Il caressait l’idée de se faire tatouer. Naima aimait-elle les hommes tatoués ?
Un livre et un catalogue de voyages étaient posés sur le banc de la cuisine. Il parcourut le catalogue. Naima aimait les voyages ! Il pourrait lui proposer de l’amener en Inde ! Il sourit avec son audace. Au fond de lui il savait qu’il n’en était pas capable ! Elle ? Elle serait capable de partir ! Lui ? Cette seule perspective l’effrayait !
Il avait décidé de lui écrire… De lui dire… Il déplia la lettre qu’il avait commencée sans la regarder. Il avait juste écrit : Naima ! NAIMA !
A la radio il entendit « 20 octobre 2011. Il est 9 heures ! » Ali était tellement préoccupé qu’il oublia de vérifier l’heure à sa montre.

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Texte d'Ersie

Textes de Bérengère – La chanson

Je voudrais que tu apprennes
A quel point ton état me peine
Je t’en prie
Révélons nos sentiments

J’aimerais enfin te dire
Sans notre pudeur trahir
Je t’aime
Révélons nos sentiments

Refrain :
 Révélons nos sentiments
    Nous avons encore le temps

Tes regards qui en disent long
Tes larmes mouillant ton menton
Je t’essuie
Révélons nos sentiments

Quand ta main doucement se tend
Que tu montres que tu m’attends
Je fonds
Révélons nos sentiments

Refrain :
Révélons nos sentiments
    Il nous reste très peu de temps

Je sais tout ce que ton cœur cache
Ce que tu souhaites que je sache
Ton amour
Révélons nos sentiments

Je t’aime mon petit Père
Maintenant laisse moi faire
Je suis là
Révélons nos sentiments

Refrain
 Révélons nos sentiments
Il n’est que plus que temps

Sur la mélodie de la chanson d’Emily Loizeau intitulée « L’autre bout du monde » extrait de l’album éponyme.

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Textes de Bérengère

Textes de Bérengère – Le visuel

Spirales de feu
Déchirant les sens endormis
Nuages au teint crayeux
Soufflent sur ma conscience endormie

Un espoir infini s’insinue
Prière muette devenue tourbillon
Le voile de mes idées convenues
Se déchire à l’horizon

 

 

Que n’ai –je trop attendu
Une révolte s’insuffle en moi
Ou plutôt un sursaut de vertu
Qui ne répond à aucune loi

 

Un cri infini se répand dans la nuit
Déchirant mon âme trop longtemps alanguie
Dans un défi flamboyant à la vie
Maître de mon destin, je surgis.

Munch Edvard  (Skrik) Le cri 1893

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Textes de Bérengère

Textes Bérengère – L’instant T

Le 20 octobre à 9 heures.

Markus H. repoussa doucement la porte de sa chambre à coucher. Surtout ne pas la refermer complètement car la poignée grinçait et risquait de la réveiller.
Il longea le couloir éclairé par une lueur d’assez faible intensité et s’éloigna sur la pointe des pieds, direction la cuisine. Son premier geste fut d’y ouvrir la fenêtre et de happer une grande goulée d’air frais. Son nez le piqua aussitôt mais peu importe, l’air vivifiant entrait dans ses poumons, les assainissant d’une longue nuit passée à respirer en vase clos.
Son estomac gargouillant le rappela à l’ordre, il lança le programme de la machine à café et commença à disposer sur un plateau sa tasse ornée de sa photo, ses biscottes, le beurre et la confiture d’abricot sans oublie les couverts allant avec. Quand le bip se fit entendre, il laissa s’écouler le liquide suave et partit dans le salon.
Il avait pris l’habitude d’y prendre son petit déjeuner pour assister chaque matin au lever du soleil, ce moment si spécial où tout semble endormi, où le monde à l’air de vous appartenir, où tout apparaît possible…. Markus débordait d’énergie et sa motivation était immense mais pourtant jamais il ne se sentait aussi vivant, aussi maître de son destin qu’à la pointe du jour.

Déjà, le soleil commençait à se répandre dans la pièce. Il renvoyait une tâche  luminescente sur le catalogue de voyage que sa compagne avait ramené la veille au soir et oublié sur la table basse. Cela rendait sa couverture illisible et c’était mieux ainsi car avec la création de son entreprise, son activité en était à ses balbutiements, donc hors de question de partir avant de longs mois.
Le petit déjeuner avalé, il se dirigea vers la chaîne hifi et mis en route un CD de Miles Davies sur lequel il pratiquait ses mouvements d’étirements du matin. Il se retrouva allongé sur le tapis persan que lui avait ramené sa sœur d’Abou d’Abi. Ses couleurs pâles l’apaisaient. Il aimait ce vert d’eau entouré de petites figures géométriques paraissant si semblables mais aux différences infimes dues au fait qu’il avait été confectionné à la main et entrelacé de magnifiques fleurs aux pétales plongeantes. C’était un véritable appel à la détente.

Une fois parfaitement relaxé. Il se décida à ranger son plateau et passa dans la salle de bain pour prendre sa douche. Il détestait cette salle de bain sans fenêtre dans laquelle il avait l’impression d’étouffer. Mais le pire était le rasage qu’il devait effectuer sous néon ce qui le faisait se couper régulièrement. Vivement l’année prochaine, qu’ils puissent quitter cet appartement sans charme et mal agencé. Il représentait une solution, quand il vint s’installer à C., il fallait répondre alors à une situation urgente mais maintenant ce n’était plus possible. Il rêvait d’un appartement cosy avec vue sur un des parcs de la ville, pas trop éloigné du Canal du Midi à l’inverse du sien qui donnait sur un parking….

Après s’être vêtu avec soin, il se parfuma légèrement et décida qu’il ne devait plus trop s’attarder. Il s’empara de son agenda pour vérifier les tâches à accomplir pour la journée. Puis, il prit son ordinateur portable et s’installa sur la table en merisier de la salle à manger. L’avantage de ne pas avoir un appartement suffisamment grand pour créer un espace bureau était compensé par le fait qu’il pouvait s’installer où bon lui semblait. Pourquoi pas, aujourd’hui, face la reproduction du  tableau de Munsch qu’il avait chiné lors d’un vide –grenier et qu’il affectionnait tellement.

Markus était un autodidacte de 36 ans. Après des études de lettres, vu l’état de l’éducation nationale, il avait décidé de donner des cours particuliers. Il avait beaucoup de patience et l’amour du métier mais aucun goût pour faire la police dans une salle de cours. C’est ainsi, que logiquement, il en était venu à voir plus grand. Fort de son excellente réputation, il venait de passer un an à monter un dossier de création d’entreprise dans le secteur des services à la famille : c’est-à-dire garde d’enfants, soutien scolaire et cours à domicile. Certes, avec le temps et  une solide étude de marché alliée à un business plan rigoureux, il avait décidé d’étoffer son offre par des services ménagers. Il devait tenir compte de son époque, les chiffres statistiques en attestaient…

Il commença à taper son mot de passe : « D’abord consulter mes comptes, et ensuite la messagerie…. »

Laisser un commentaire

Classé dans Bérengère, Les textes écrits, Markus H., Textes de Bérengère

Textes de Christian – La chanson

(Sur l’air de « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf)

L’odeur des brodequins
La sueur des copains
Le camion arrêté
Le convoi des croisés
Les paras désarmés
Ruinés, désemparés
Bourdonnent ce refrain
Rien de rien rien de rien

(Refrain)

Je suis là

Et je ne comprends pas
Et pourquoi
Je suis là
Etranger
Et qui m’a engagé

Dans cette pluie d’automne
Mélancolie des hommes
Je vais vers la lumière
Elle m’attend, je l’espère
Je la vois, je l’appelle
Dans un élan vers elle
Et puis le froid l’avale
Disparaît l’ombre pale

(Refrain)

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits

Textes de Christian – Le visuel

Jour après nuit après jour
Le même bourdonnement, insaisissable, immuable
Jour après nuit après jour
Démiurge d’une planète intérieure,
Je suis et suis le mouvement éternel,
L’impossible fixité de ma vie

Jour après nuit après jour
Les labours et la moisson du ciel
Les heures se déchirent
Les saisons s’aspirent

Je lève la tête, ma table est éclairée
Par une simple lampe
Ma chambre est dans la pénombre
Je cherche ma tasse de café
Je pousse mes livres, mes crayons
L’ombre m’attire

Et de l’ombre surgit ce soleil rouge
Le bleu intense du ciel
Le bourdonnement incessant
Jour après nuit après jour

Laisser un commentaire

Classé dans Uncategorized

Textes Richard – Le visuel

Je t’ai rencontrée par hasard / immaculée macula / mon oeil  taché au centre  comme par un sceau / je vois ce noir / le spectre   de mon âge  dans ma vue qui défaille  / c’est le grand sommeil qui vient /éblouissant soleil

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Textes de Richard

Textes d’Ersie – Le visuel

Des serpents et des lames
Des flammes recouvrent la peau
Qui suis-je ?
Qui suis-je ?
Toujours à côté de la plaque !
Regarde ma peau
Un aigle bat ses ailes
Je voyage…
L’infini est là
Tout est mouvement !
Je suis fort et rien ne me touche
Des fleurs sortent de l’abîme
Je ne sais rien !
Je ne suis RIEN !

Un mur entre moi et les autres
Regarde le mur
Une jolie histoire
Je suis sur le chemin
Tout explose !
J’entends le bruit des vagues
J’ai la nausée
Ne t’approche pas !
Des lunettes de star
Tu ne verras pas mon regard
Tu ne regarderas pas dedans
Désarroi, chagrin
Je suis seul
Avec mes manques et mes peurs !
Mon père n’est pas là !
Une feuille toute seule
Portée par le vent…
Mais… mais tout est déjà inscrit sur moi !

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Texte d'Ersie

Atelier du 12 janvier 2012 – L’ailleurs

J’ai intitulé cette séance d’atelier « L’ailleurs » car, je vous le rappelle, c’est le titre de notre atelier DIRLICI pour cette année. Mais qu’est-ce que l’ailleurs ? Je propose aujourd’hui non pas de définir cette notion vaste et vague, mais d’écrire ce qui pourra être une sorte de voyage mental, autrement dit une rêverie qui est, ni plus ni moins, d’une évasion virtuelle nous permettant de passer de la réalité au rêve sans déplacement physique. L’esprit humain a en effet cette faculté de se projeter momentanément ailleurs par la pensée (mais le cinéma, la lecture, les arts… jouent le même rôle)

Repartons de l’étymologie. Ailleurs est issu du lat. pop. *aliore, abrév. de l’expr. *in aliore loco « dans un autre lieu ».

L’idée directrice de l’atelier sera de se projeter dans un autre lieu, hors de la réalité, hors de soi et de s’évader en pensée, pénétrer dans un monde virtuel.

On peut donc résumer le texte à écrire par ce schéma :

Personnage chez lui / Lieu intérieur (inventaire, description)

Mouvement du regard vers l’extérieur

Extérieur (description)

Rêverie (évasion par l’intériorisation)

Ou par cette phrase :

Le personnage regarde le paysage (le décor) dans un cadre (fenêtre, balcon…) et s’abîme dans une rêverie (ailleurs)
Il va donc s’agir par l’écriture de transcrire un mouvement à la fois concret et abstrait, celui d’un moment d’évasion par l’esprit. Nous connaissons tous de tels moments, plus ou moins construits, au quotidien. Je propose pour cela de pratiquer ce que l’on pourrait nommer une écriture-caméra.

La scène sera la suivante : on est dans la tête du personnage (il est donc le narrateur, ou bien si l’on préfère ses yeux sont la caméra). Il est comme pour le premier texte Instant T dans son intérieur (son logement, son appartement, sa chambre) et regarde à travers un cadre (une fenêtre, un balcon…) vers à l’extérieur (le quartier, la ville, le ciel, les nuages…)où son regard s’attarde puis s’abîme et s’évade en esprit vers un lieu à définir (destination rêvée, là où votre personnage apprécierait d’être subitement transporté si la téléportation existait, cet ailleurs qu’il peut néanmoins imaginer).

Autrement dit, votre personnage va vivre un instant d’évasion en pensée, instant d’évasion qui lui permet d’échapper temporairement à son quotidien plus ou moins pesant, aux lieux qu’il occupe, voire à lui-même, à ces préoccupations, ses angoisses, ses obligations.

Ce texte sera écrit à la première personne : je… Le narrateur est donc votre personnage. Il vous faut donc entrer dans sa peau, son intimité, dans son cerveau.

La méthode

Dans un premier temps, établir 3 listes

1° on listera les différents éléments du décor intérieur (reprendre les textes précédents et ajouter des précisions, des détails, des éléments sur l’aménagement, l’aspect du lieu de vie) On n’oubliera pas de citer le visuel qui a fait l’objet du second atelier (en apportant des précisions sur ce visuel : d’où vient-il ? Par qui a-t-il été offert ? Qui a écrit le texte qui l’accompagne…)

2° On listera aussi les éléments de décor extérieur, visible par une fenêtre, une baie vitrée, à partir d’un balcon (quel genre d’habitat – immeubles, pavillons, maison isolée,

3° On déterminera la destination rêvée par votre personnage et on listera les éléments utiles à la rédaction de la rêverie. Ce peut être aussi bien une destination touristique qu’un endroit où le personnage rêverait d’aller s’installer définitivement (pour de multiples raisons : retours à des lieux de l’enfance, envie de vivre au bord de la mer ou de faire une retraite dans un monastère…). Ce sera un lieu qui pourra se retrouver dans le catalogue de voyage, le guide que j’avais demandé de citer.

Travailler le plus possible sur le détail et la description de façon à obtenir un effet hyperréaliste.

Utiliser des citations de votre premier texte (on en retrouvera des expressions ou des citations dans un contexte différent)

Le texte jouera sur les différents temps et mode verbaux : rédigé au passé (imparfait pour le descriptif – passé simple pour le mouvement vers l’extérieur (effet d’accélération), conditionnel pour la rêverie.

On commencera le texte par : Il était 9 heures et je (votre personnage)….

 

Laisser un commentaire

Classé dans Les ateliers

Textes de Renaud – La chanson

Quand il est temps de quitter le nid,
Pour que ta vie rentre en été,
Si tu hésites à cause de lui,
Qui, jusqu’ici, t’a élevée,
Pense que bien avant, lui aussi
Avait du quitter ses ainés …

Alors, sans hésiter :

Passe la ligne
Et saute le pas
Fais lui signe
Que tu t’en vas

Quand tu penses que rien n’va plus ,
Que ta vie tombe dans la nuit,
Quand tu as peur de l’inconnu
Que tes désirs se sont enfuis
Quand l’autre te semble perdu
Que plus rien ne t’accroche à lui

Alors, sans hésiter :

Passe la ligne
Et saute le pas
Fais lui signe
Que tu t’en vas

Tu voies que tout le mond’ te fuit
Tu te demandes bien pourquoi
Et tu réfléchis, réfléchis
Pour enfin comprendre que ton moi
Cet égo si épanoui
Doit être lâché sans émoi …

Alors, sans hésiter :

Passe la ligne
Et saute le pas
Fais lui signe
Que tu t’en vas

Le temps est maintenant venu
De passer de l’autre côté
D’où personne n’est revenu
Tu n’as pas vu le temps passer
Longtemps, longtemps tu as vécu
Maintenant tu dois la laisser

Alors, sans hésiter :

Passe la ligne
Et saute le pas
Fais lui signe
Que tu t’en vas

Laisser un commentaire

Classé dans Arcimboldo Kourkof, Les textes écrits, Texte de Renaud

Textes de Françoise – Le Visuel

Il pencha son regard perdu – las sans être là – vers le tableau de Hopper. La lecture des calligrammes posés autour du tableau suscitèrent en lui un électrochoc – une prise de conscience foudroyante. Ce couple absorbé par pleins d’exigences devant lui engloutissait sa détresse qui devenait soudain épisodique. Ces deux personnages fantomatiques spectres de solitude et de servitude tout d’un coup de par leur glauquerie – déchargeaient sa douleur – quête n’était plus dette !

L’incommunicabilité l’absence le poids du silence l’invisible à travers le visible de ce couple muet cicatrisait étrangement ce malaise existentiel qui lui collait à la peau il y a une minute encore. Son mal être – devenait – un bien être. Un rayon de soleil inondait la pièce et réchauffait son cœur. La mort de Béatrice avait en fait réactivé cet abîme – d’incommunicabilité de détachement de rêves brisés de fractures de vie mais maintenant plus de narcissisme dans sa douleur il allait rebondir – joie confiance renaissance syncopées de pulsion de vie – mystère d’être là serein ayant tiré les amarres – abandonné ses regrets – ses remords sacrificiels – infini plaisir du moment présent. Son esprit s’était dépoussiéré par la vue du spectre agonisant de ce duo d’acteurs. Avec cette allégorie de ce couple de carton pâte Hopper illustrait avec hyperréalisme ce qu’il ne voulait plus jamais vivre l’illusion des apparences – l’amour désossé par l’aliénation des habitudes – le silence des malentendus et de l’ennui ! Il voulait dorénavant vivre autrement – le nuage de lait qui nacrait mystérieusement sa tasse de thé -symbiosait – l’étrange légèreté de son âme. Plus d’oisiveté il allait recharger sa montre et occuper son temps au service des autres – être juste en paix avec lui-même ! Vaste programme se dit-il en souriant… et il se mit à siffloter joyeusement en binôme avec le merle perché sur la cime du cerisier. Lui aussi il  commençait à frissonner dans le jardin et avait perdu quelques plumes – victime de cette fraîche matinée d’automne !!!

Tableau d’Hopper
Chagrin à l’envers
Amours désossées – rêves brisés
Dans des testaments faussés
Illusions des idées
Dans l’incommunicabilité
Pas de partage et pas d’ancrage

Que de l’orage

Cirque des émotions intérieures des êtres
Dans l’absorption des exigences du paraître
Pas de sons dans le piano
Lecture sans tempo

Tout n’est que silence
Et macabre danse

Laisser un commentaire

Classé dans Françoise, Les textes écrits, Stanislas de Staël, Textes de Françoise

Texte de Corinne – La Chanson

Sur l’air de la « Non demande en mariage » de Georges  Brassens.

Si le silence se taisait
Des sons de voix apparaîtraient
Vibrant message
L’enfant perdu s’éveillerait
Abandonné, désespéré
Malgré son âge

La vie surgit, mais alourdit tes pas, gamin
Qu’aucun espoir nourrit à chaque lendemain.

Cette lueur qui filtre au loin

Comme un signe fort du destin

Est-ce illusoire ?

L’appel est encore indistinct

Mais sans doute n’est-il pas vain

Enfin d’y croire ?

La vie surgit, mais alourdit tes pas, gamin

Qu’aucun espoir nourrit à chaque lendemain.

Puis un autre te tend la main

Qui comme toi cherchait enfin

La douce flamme

Ensemble sur ce grand chemin

Ouverts aux vents, radieux, malins,

Offrant vos âmes.

La vie enfin, a allégé tes pas, gamin

Tout espoir est permis, vive les lendemains.

Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Textes de Corinne

Textes de Corinne – Le Visuel

Gisclou, lorsqu’il peignait ce tableau , me parlait des pieds
Tu sais, c’est très dur de dessiner les pieds
Les proportions
Mais pourquoi ce tableau ?
Parce que le lieu : Port Lligat, l’enfance,
La mer, promesse d’évasion
Pour d’aucun une immense flaque
Pour d’autres, cimetière d’oies sacrifiées.

 

Vivaient-elles encore, ces bêtes égarées,
Lorsque la sœur du peintre posait accoudée à la fenêtre bleue ?
Car Dali fasciné par ces volatiles voulut les domestiquer.
La mer leur fut fatale.
Subsistent leurs carcasses empaillées,
Morbide bestiaire de l’artiste adulé.
Sur le plancher à gauche, un scorpion.
Lui n’était pas présent à l’origine de l’œuvre,
Signature de Gisclou pour signifier qu’il en est l’auteur.
Animal égaré des collines alentours
Que les genêts disputent aux oliviers solaires
Où les mouettes étaient reines et l’homme encore absent.

(retour à l’Instant T)

Laisser un commentaire

Classé dans Camille Sanchez, Les personnages, Les textes écrits, Textes de Corinne

Textes de Corinne – L’instant T

Jeudi 20 octobre – 9 h

Camille Sanchez faisait le tour de son appartement avant de se rendre au travail. Elle avait atteint la quarantaine. Elle avait tenu à conserver son nom de jeune fille en hommage à ses grands parents espagnols arrivés de Catalogne en 1937. Son métier de préparatrice en pharmacie était d’ordre alimentaire. Car c’était bien cela qu’elle faisait ! Travailler pour subvenir à ses besoins primaires. Elle n’avait pas le diplôme de pharmacienne. Certaines de ses collègues le lui faisaient sentir : à elles les tâches gratifiantes, à Camille le rôle de boniche. Ce mot la faisait sourire. Elle s’en fichait. Elle se sentait en décalage parmi toutes ces bourgeoises body-buildées qui sacrifiaient des heures durant au rituel de salles de sport surchauffées. Chacun pouvait trouver son plaisir où il voulait. Là n’était pas la question ! Elle assumait son léger embonpoint qu’elle soulignait par des tuniques bouffantes, colorées de tous les gris du ciel. C’était sa couleur préférée. Elle rehaussait le rouge lumineux de ses cheveux teintés au henné. Coupés à la garçonne, ils soulignaient son large front d’une frange asymétrique.

Certains situations supposaient qu’elle paraisse plus conforme à la norme. Elle montait alors sur de hauts talons. C’était toutefois extrêmement rare. Non pas à cause de sa taille plutôt grande, mais à cause de ce métier qui l’obligeait à piétiner toute la journée. Et puis Gaël – son compagnon – n’était guère plus grand qu’elle. Elle se sentait mal à l’aise lorsqu’elle le dépassait. Une impression bizarre de le dominer. Lui était informaticien dans une grande entreprise publique. Pas vraiment fonctionnaire : plutôt le genre premier à être viré en cas de baisse d’activité.

Ils avaient deux filles : Judith 15 ans et My Anne bientôt 17. Elles fréquentaient le lycée tout proche : l’une avait choisi la littérature tandis que l’autre excellait en économie. A cette heure matinale, elles étaient déjà en cours.

L’ordinateur était resté allumé dans le salon. Camille avait consulté ses mails et entrepris de répondre à un courriel surprenant. Une association new-yorkaise lui annonçait détenir des dessins dont sa grand mère était l’auteur. Ils retraçaient son exil dans le camp de réfugiés de Canet en Roussillon. Songeuse, elle regarda sans le voir le patio de son immeuble attenant au parking. Elle aperçut son vieux coupé Mercédes. Malgré le soleil naissant, le pare-brise était recouvert du premier gel de l’année. Elle retourna au salon, laissa glisser son regard sur une reproduction de Dali : « Jeune fille à la fenêtre ». Elle pensait immédiatement à Gala à Portligat. Elle hésita un instant à éteindre la radio : un jeune chanteur, pour célébrer les 30 ans de la disparition de Brassens, avait jeté des paroles inédites sur l’air de « la non demande en mariage ». Plutôt réussi ! Le chat se mit à miauler, annonçant lui aussi son intention de sortir. Sur la table basse, le livre de Milena Agus, « Mal de pierres » et un quotidien ouvert sur une page publicitaire :croisière culturelle en méditerranée. Partir était son rêve le plus cher… Mais certainement pas pour ce genre de voyage : se retrouver avec des clones de collègues de travail, non merci !

Pourtant, elle aurait aimé s’échapper de cet appartement trop étroit, mal insonorisé, qui l’obligeait à être témoin des disputes des voisins. Les meubles donnés par ses parents qui côtoyaient ceux achetés chez Ikéa l’étouffaient. Elle ne trouvait même plus le temps d’aller se détendre au hammam avec son amie Laurence. Depuis combien de temps n’étaient-elles pas allées s’égosiller, starlettes d’un soir, dans un karaoké ? Même son projet d’album photo était en suspend. Elle s’apprêtait à refermer la porte de son appartement pour partir au travail. Elle s’attarda une dernière fois devant le miroir de l’entrée pour ajuster son écharpe.

Laisser un commentaire

Classé dans Camille Sanchez, Les personnages, Les textes écrits, Textes de Corinne

Textes de Gaëla – L’instant T

Le 20 octobre, à 9 heures

Paulin Féborgue, seul dans sa chambre, fut extirpé de sa torpeur matinale par le bruit du chariot que l’aide-soignante tirait avec peine dans le couloir, et qui ressemblait au crissement d’un pneu, ou, selon le degré d’imagination et l’acuité auditive de chacun, au croassement du corbeau un soir d’automne – ou au cri du chat piétiné par mégarde dans la précipitation d’un départ. Paulin entrouvrit ses paupières, délavées par ces quatre-vingt-deux années passées à les fermer et à les ouvrir, des milliers de fois par jour, et sa pupille encore si vive s’attarda sur la photographie en noir et blanc de sa défunte femme, Denise , qui trônait au milieu d’une petite commode de chêne vert, à droite de la fenêtre qui donnait sur le parc du château. Des traits toujours aussi éblouissants et énigmatiques de D., son regard se dirigea vers la fenêtre, dont l’encadrement lui-aussi semblait subir les effets outrageants du temps. Paulin Féborgue se leva promptement et, d’un pas décidé, il saisit la poignée de la fenêtre qu’il manipula avec précaution afin de ne pas gêner ses congénères qui, pour certains, devaient profiter de ce repos dominical – ou, pour d’autres, avaient droit au silence que réclame la souffrance.

Il se plut à songer à son dernier déjeuner sur l’herbe en compagnie de Denise, en parcourant les allées de buis bordées d’aubépines du regard. Les lacets l’émouvaient encore, surtout à cette heure du jour où le tintement de la cloche laissait présager d’autres heures, meilleures à l’âme. Là, il surprit, dans un écho qu’un vent ténu portait avec grâce, la mélodie d’une vieille chanson jadis écoutée et qui évoquait un tourbillon en ritournelle, de la vie, d’une rupture probable et de retrouvailles incertaines.  Paulin Féborgue alors se mit à scruter le ciel, qu’une fine traînée blanche lacérait ou zébrait, il essaya de deviner quel engin avait bien pu faire ce type de sillon puis, las de tant d’oisiveté, il se retourna et saisit machinalement une revue de vulgarisation scientifique, comportant un dossier spécial sur les enjeux de l’aérospatial, son unique passion depuis qu’il habitait cette maison de repos, seul et retranché du mouvement du monde. Dans cette attente, qui devait remplir le vide entre sa lecture matinale et le moment auquel on viendrait frapper à la porte pour l’emmener à la messe en compagnie d’autres pensionnaires, le temps semblait de marbre. Tout à la joie de s’échapper bientôt, Paulin Féborgue, dignement vêtu d’un costume trois pièces immaculé, froissé par une minute d’assoupissement, coiffé avec soin, fronça un sourcil en constatant qu’on lui avait déposé hier au soir deux revues auxquelles il n’était pas abonné : un magazine sur l’Art, avec une couverture assez design, et un vulgaire catalogue de voyages, qui vantait les délices d’une croisière dans le Grand Nord. Il se mettrait bientôt en quête de leur réel destinataire.

Et puis il pensa, comme tous les jours depuis une semaine, à cette lettre qu’il avait commencé à écrire à sa fille, et qu’il ne parvenait pas à écrire, car le mouvement de la plume semblait alors obéir aux caprices de son âme, tourmentée et meurtrie. Cette lettre, dont il avait choisi le papier avec soin, était posée sur le bureau en bois massif qu’il avait tenu à conserver, seule trace de sa vie passée, de son travail de lecteur, de chercheur, de bricoleur des choses de la science. Cette lettre, il en appréhendait même la vision, même s’il la maintenait pourtant très près de lui, près de son visage, car son bureau jouxtait son lit, les modestes dimensions de la pièce rendant impossible la présence d’autres meubles.

Tout à coup il entendit frapper à la porte.

____________________________________________________________________

Version  sans virgules.

Le 20 octobre

9 heures

 Paulin Féborgue  seul dans sa chambre

extirpé de sa torpeur matinale par le bruit du chariot que l’aide-soignante tirait avec peine dans le couloir et qui ressemblait au crissement d’un pneu  ou  au croassement du corbeau un soir d’automne – ou au cri du chat piétiné par mégarde dans la précipitation d’un départ. Paulin entrouvrit ses paupières  délavées par ces quatre-vingt-deux années passées à les fermer et à les ouvrir. Des années, c’était des milliers de clignements. Sa pupille encore si vive s’attarda sur la photographie en noir et blanc de sa défunte femme Denise. La  photographie trônait au milieu d’une petite commode de chêne vert  à droite de la fenêtre qui donnait sur le parc du château. Des traits toujours aussi éblouissants et énigmatiques de D. Paulin déplaça son regard comme il se dirigeait vers la fenêtre dont l’encadrement subissait aussi  les effets outrageants du temps. Paulin Féborgue se leva promptement et il saisit la poignée de la fenêtre qu’il manipula avec précaution afin de ne pas gêner ses congénères qui soit devaient profiter de ce repos dominical – ou avaient droit au silence que réclame la souffrance.

Il se plut à songer à son dernier déjeuner sur l’herbe en compagnie de Denise en parcourant les allées de buis bordées d’aubépines du regard. Les lacets l’émouvaient encore à cette heure du jour où le tintement de la cloche laissait présager d’autres heures  meilleures à l’âme. A ce moment  il surprit l’écho d’une vieille chanson jadis écoutée et qui évoquait un tourbillon en ritournelle tourbillon de la vie  d’une rupture probable et de retrouvailles incertaines.  Paulin Féborgue alors se mit à scruter le ciel  qu’une fine traînée blanche zébrait et il essaya de deviner quel engin avait bien pu faire ce type de sillon. Las de tant d’oisiveté il se retourna et saisit machinalement une revue de vulgarisation scientifique avec un dossier spécial sur les enjeux de l’aérospatial qui était son unique passion depuis qu’il habitait cette maison de repos.  Dans une solitude et un retranchement sans fond. Dans l’attente qui devait remplir le vide entre sa lecture matinale et le moment auquel on viendrait frapper à la porte pour l’emmener à la messe en compagnie d’autres pensionnaires

 le temps semblait de marbre. Tout à la joie de s’échapper bientôt Paulin Féborgue se regarda furtivement dans un miroir. Il était dignement vêtu d’un costume trois pièces immaculé seulement froissé par une minute d’assoupissement et coiffé avec soin.  Il fronça un sourcil en constatant qu’on lui avait déposé hier au soir deux revues auxquelles il n’était pas abonné : un magazine sur l’Art avec une couverture assez design  et un vulgaire catalogue de voyages qui vantait les délices d’une croisière dans le Grand Nord. Il se mettrait bientôt en quête de leur réel destinataire.

Et puis il pensa comme tous les jours depuis une semaine à cette lettre qu’il avait commencé à écrire à sa fille et qu’il ne parvenait pas à écrire.  Le mouvement de la plume semblait alors obéir aux caprices de son âme tourmentée et meurtrie. Cette lettre dont il avait choisi le papier avec soin était posée sur le bureau en bois massif qu’il avait tenu à conserver et qui était la seule trace de sa vie passée et de son travail de lecteur et de chercheur et de bricoleur des choses de la science. Il appréhendait même la vision de cette lettre. Pourtant il la maintenait très près de lui près de son visage. En effet son bureau jouxtait son lit car les modestes dimensions de la pièce rendaient impossible la présence d’autres meubles.

Tout à coup il entendit frapper à la porte.

Laisser un commentaire

Classé dans Les personnages, Les textes écrits, Paulin Féborgue, Textes de Gaëla

Textes de Gaëla – Le visuel

Epitaphe

Echelle du paradis.

La houille – toi aux cheveux de jais

houille bleue, de la marée

de tes yeux d’ébène

où je me noie.

Echelle où je me hausse

maladroitement

jusqu’à toi.

Tes traits posés sur de la nacre

au printemps renaissant

ou bien est-ce un ciel d’hiver

qui pèse sur tes cheveux.

Comme un couvercle en bandeau

couronne

diadème

ange incertain Desdémone

gestes d’airain

Ta main qui ceint.

Tu deviens reine.

L’échelle ma croix

Toi Eurydice plongée

dans le noir de tes yeux noirs.

Mais ta pupille ouverte

sur l’objectif

rejoue l’histoire à l’échelle

où je chantais ta louange

Echelle du paradis

Toi l’envolée, laisse-moi brûler mon œil

au diamant de tes mains.

(retour à l’Instant T)

Laisser un commentaire

Classé dans Les personnages, Les textes écrits, Paulin Féborgue, Textes de Gaëla

Textes de Cécile – L’instant T

20 octobre 2011 – 9 heures

Sherman Alexie était debout devant sa plus grande fenêtre un peu de guingois car il ne savait pas se tenir vraiment droit son café essayait d’être horizontal dans sa tasse mais devait se balancer avec les pensées de son buveur et parfois ça débordait et parfois non. Ce matin non c’était peut-être une bonne journée alors.

Le chat de Sherman Alexie était aussi devant la fenêtre c’était un tableau un peu étrange de voir le maître et l’animal dans la même posture mais le chat de Sherman Alexie n’était pas très affectueux et la proximité qu’il avait à cette heure-là avec son maître était la plus grande qu’il pouvait avoir et n’était peut-être même qu’une illusion.

On ne savait pas très bien qui du maître ou du chat était le plus efflanqué Sherman Alexie était plutôt grand et en fait il avait des muscles mais c’était dû à son travail pas à sa nature car Sherman Alexie était camionneur et malgré ce que l’on croit il faut avoir des muscles pour conduire des poids-lourds ce n’est pas seulement que les conducteurs de poids-lourds ne peuvent pas faire beaucoup d’exercice physique ou mangent trop non ils sont parfois imposants car leur métier le demande mais à part ces muscles Sherman Alexie n’avait pas fière allure il se rasait rarement seulement pour les grandes occasions et de grande occasion il n’en avait pas eu depuis longtemps déjà il ne prenait pas beaucoup le soleil seulement à travers ses portes vitrées donc son teint était plutôt cireux ou verdâtre selon la saison et la lumière et puis comme on l’a déjà dit il ne savait pas se tenir droit donc avec tout ça et en plus sa manière de s’habiller il n’avait pas l’air de quelqu’un en bonne santé.

On ne pouvait pas dire que Sherman Alexie était solitaire c’était plutôt que la solitude l’avait trouvé un beau jour mais il n’aspirait pas à être seul. La preuve le chat.

Il habitait au sixième étage d’un immeuble récent très représentatif des constructions typiques de ces années-là : son appartement était propre clair net mais froid et on aurait dit sans âme. Il n’avait pas beaucoup de goût pour la décoration donc les murs étaient restés blancs nus. Il avait juste accroché un vieux poster qui le suivait un brin de sentimentalisme ne faisant pas de mal pensait-il il l’avait accroché au dessus de son vieux canapé de velours rouge qu’il avait récupéré d’une mort annoncée sur le trottoir d’en face car on trouve beaucoup de choses sur les trottoirs et Bob Marley l’enveloppait de sa fumée chaque fois qu’il s’asseyait.

Le chat de Sherman Alexie aimait bien se mettre dans des endroits inhabituels pour un chat on ne sait pas pourquoi il aimait bien dormir sur un vieux catalogue de voyages qui traînait sur un tabouret depuis toujours ouvert toujours à la même page et maintenant recouvert de poils de chats. En fait on peut dire que ce chat était d’une nature littéraire quand ce n’était pas sur le catalogue de voyages c’était sur le livre que son maître lisait et laissait traîner par ci et par là.

Tous les matins Sherman Alexie prenait donc son café à la même place un automatisme inexpliqué mais qu’il affectionnait peut-être cela le rassurait-il en donnant un ordre à sa journée c’était également le seul moment où il laissait les nouvelles du monde s’infiltrer dans son espace et dès la fin des informations il coupait la radio et mettait de la musique ou non. Aujourd’hui il ne savait pas encore ce qu’il allait faire mais c’est normal car il n’y pensait pas encore il pensait plutôt à la lettre qu’il était en train d’écrire une banale lettre de réclamation mais qui l’embêtait car il ne savait pas réclamer donc ça l’embêtait. Mais tout de même pas au point de lui gâcher son café matinal il avait les yeux qui scrutaient vaguement les immeubles d’en face qui étaient une réplique du sien comme un miroir de lac qui réfléchit l’arbre qui se penche vers lui que l’arbre soit joli ou laid le lac ne fait pas de différence et il scrutait vaguement mais il scrutait quand même peut-être cherchait-il quelque chose mais si c’était le cas il ne le savait pas non plus. En fait à ce moment-là de sa vie il ne savait pas grand-chose Sherman Alexie peut-être même que son chat en savait plus que lui.

Laisser un commentaire

Classé dans Les personnages, Les textes écrits, Sherman Alexie, Texte de Cécile

Textes de Françoise – L’instant T

20 octobre 2011, 9 heures

Stanislas de Staël était un personnage romanesque – de roman même. Sa vie avait été décalée et très atypique.
Il traînait 64 ans derrière lui et il avait été dans une autre vie diplomate. Il était divorcé avec ses trois enfants aux quatre coins du monde. Il avait choisi de s’établir dans un village d’une banlieue en principe chic et sereine dans les environs de Toulouse.
Depuis un an sa vie d’errance – de voyages – de transactions – de compromis et parfois de compromissions était derrière lui. Son hyperactivité ainsi que sa vie sociale et son rythme avaient complètement changé.
Il était rentré au fil des jours  dans un silence contemplatif. Il n’avait plus de liens. Sa maison achetée hâtivement il y a un an lui demeurait étrangère. Seuls ses souvenirs de voyages créaient une intimité.
De courtisan – de fin stratège avec des ruptures de vie – Stanislas était devenu un ermite – un homme seul à l’aune de sa vie.
Ce 20 octobre à 9heures après s’être prélassé dans son lit en écoutant comme à son habitude Radio Classique – il était encore sous le charme de la 7eme symphonie de Beethoven ou d’un Adagio de Schubert.
Il se leva et alla dans la salle de bain. La glace lui renvoya sa belle gueule une fois de plus. Il la connaissait !! Mais ce matin là il trouva ses traits plus affaissés et tirés. Une nuit d’insomnie avait grisé son teint. Il passa un coup d’eau froide rapidement et il partit à la cuisine se faire un café…
Sa silhouette élégante déambulait étrangement dans cette maison ancienne.
Il était grand – svelte et dans ses traits on pouvait reconnaître ses racines russes. Sa mère était une ashkénaze de KIEV. Son père parisien avait été collectionneur de tableaux.
Justement les murs étaient recouverts de ses œuvres. Certaines étaient manifestement célèbres. D’ailleurs il posait avec une certaine dérision un regard désabusé sur un tableau de Hopper « Chambre à New-York ».
Mais ce matin là d’automne le soleil déjà  ambrait les arbres du parc qui entouraient sa maison. Il ne se sentait pas bien. Une douleur insidieuse le travaillait : qu’allait devenir sa vie …?
Cette journée qui allait s’étirer comment allait-t-il la combler ?
Pourquoi était-il venu là ? En fait il ne se remettait pas de cette rupture amoureuse avec Olga. Cette femme pour laquelle il était venu dans cette région inconnue. Il avait tout quitté. Il avait lâché et abandonné tous ses amis et ses habitudes de vie parisienne pour elle.
C’était un « transplanté » désormais oisif « oiseux » et sans but…
Il mit un disque des Rolling Stones écoutant en boucle « my Sweet Lady Jane ».
Machinalement il alla à son ordinateur et ouvrit sa boîte mail tout en caressant distraitement son chat.
Stupéfait – abasourdi il lut « Maman est morte. Enterrement à Paris à l’église St-Sulpice Samedi 22 à 10 heures » signé Vincent – son fils cadet.
Livide – le cœur battant il se traîna sur son fauteuil il se mit à pleurer à gros sanglots. Que lui arrivait-il ? Maintenant tout un tome de sa vie s’engloutissait. Des tas de souvenirs tels des déferlantes se bousculaient à la grille de sa mémoire. Une part de sa vie s’effondrait. Béatrice ne pouvait pas ne plus être là.
Cette femme avait été son épouse pendant 23 ans ils avaient eu 3 enfants et s’étaient tellement aimés.
Ses déplacements avaient provoqué certaines dérives. Son travail très exaltant les avait indiciblement éloignés. Dans ce matin devenu très glauque sa perte définitive était trop douloureuse. Il ne pouvait pas le supporter.
Il revenait obsessionnellement à son existence qui aurait dû être « un diamant »… Son idéal de vie était brisé.
C’était horrible – insupportable – innommable. Il était défoncé par ses histoires d’amour. Désormais Béatrice ne serait plus elle aussi dans le paysage de sa vie. Dorénavant sa jeunesse foutait le camp avec sa disparition. Thanatos avait tué Eros. Le crime était parfait !
Il pensait qu’il ne pourrait jamais s’en remettre. Tout son corps battait la chamade. Cette fêlure le déchirait de plus en plus. Il était effondré. Pourrait-il se reconstruire et réajusté les morceaux de sa vie ? En une demi-heure il avait été anéanti. Il mesurait le vide avec l’avalanche des souvenirs heureux qui -paradoxalement – ressurgissaient dans le tourbillon de cette matinée.
Il pencha son regard perdu – las sans être là – vers le tableau de Hopper. La lecture des calligrammes posés autour du tableau suscitèrent en lui un électrochoc – une prise de conscience foudroyante. Ce couple absorbé par pleins d’exigences devant lui engloutissait sa détresse qui devenait soudain épisodique. Ces deux personnages fantomatiques spectres de solitude et de servitude tout d’un coup de par leur glauquerie – déchargeaient sa douleur – quête n’était plus dette !


Laisser un commentaire

Classé dans Les textes écrits, Stanislas de Staël

Atelier du jeudi 15 décembre – La Chanson

Dans le premier texte, il vous a été demandé d’introduire un média sonore. A la réflexion, je propose que ce média soit une chanson. Cet atelier sera donc consacré à écrire une chanson. Je la vois plutôt dans un registre de la chanson française à texte, plutôt réaliste. Classiquement, le texte devra trouver son rythme par une versification selon un nombre de pieds que vous choisirez et des rimes. La structure syntaxique sera simple, le vocabulaire plutôt d’un registre quotidien, familier…

Si je prends pour exemple, “Il est cinq heures, Paris s’éveille”, la composition est la suivante :

Refrain

Il est cinq heures (4 pieds)
Paris s’éveille (4)
Paris s’éveille (4)

Premier couplet (Rimes plates : AABB)

Je suis l’dauphin d’la place Dauphine (8)
Et la place Blanche a mauvaise mine (8)
Les camions sont pleins de lait (8)
Les balayeurs sont pleins d’balais (8)

Le couplet est l’une des deux structures mélodiques constitutives d’une chanson, en alternance avec le refrain.  Les paroles de chaque couplet sont différentes de façon à faire évoluer le contenu. Par opposition, le refrain répète les mêmes paroles. Il peut changer, en fin de chanson par exemple, comme dans Il est cinq heures.

La structure est donc celle-ci :

Premier couplet
Refrain

Deuxième couplet
Refrain

Troisième couplet
Refrain
, etc.

Genres de rimes possibles

Rimes plates :  simplement groupées par deux → AABB
Rimes croisées
(ou alternées) : d’alternance deux par deux → ABAB
Rimes redoublées
:  lorsque plusieurs rimes identiques se répètent → AAA

Rimes embrassées :  quand deux vers rimés sont encadrés par deux autres qui riment → ABBA

Ma proposition sera donc la suivante :

Ecrire deux couplets et un refrain. Pour cela, d’abord définir le genre (chanson d’amour, chanson engagée, chanson parodique…), et la structure que vous souhaitez (rimes, nombre de pieds…). Le contenu sera libre, mais devrait découler du contexte de votre premier texte, et par conséquent, apporter si ce n’est du sens, un climat, une atmosphère… Car votre personnage n’écoute pas n’importe quoi, il a un goût particulier pour tel ou tel interprète, que celui-ci soit à la mode ou non…

Pour exemples, j’ai choisi des chansons qui appartiennent à un genre de chanson française “réaliste” :

- Boris Vian, J’suis snobparoles

- Serge Gainsbourg, Le Poinçonneur des lilas - paroles

- Léo Ferré, Jolie môme - paroles

- Jacques Dutronc, Jacques Lanzmann, Il est cinq heures, Paris s’éveille - Paroles

- Raymond Queneau, Si tu t’imagines, par Juliette Gréco -Paroles

Laisser un commentaire

Classé dans Les ateliers

Atelier du 24 novembre – Le Visuel

Dans le premier texte de cette saison, la consigne demandait à chacun de faire apparaître un visuel. Ce visuel pouvait être aussi bien un tableau qu’une photo, ou bien tout autre sorte d’image (dessin, collage, photocopie, scanner, imagerie médicale, copie d’écran…). La seule condition pour choisir ce visuel étant d’être en mesure de l’avoir en sa possession de façon à pouvoir l’imprimer et le reproduire.

Le texte que je propose de rédiger ne sera pas un descriptif, ni une analyse ou une critique ni un commentaire de ce visuel. Il sera une rencontre, une mise en vis-à-vis de deux productions, l’une visuelle (et/ou plastique), l’autre écrite (le texte). Ce texte ne vient pas ajouter du sens au visuel, mais il fait sens en regard du visuel.

 Il sera donc écrit dans une sorte de dialogue avec le visuel, d’interactivité, de parallèle, de rencontre, et porté par un élan, un flux de créativité. Il pourra s’agir, en fonction du visuel choisi, de poésie ou de prose.

La méthode :

Regarder le visuel intensément en y recherchant à la fois l’impression d’ensemble et le détail particulier, y entrer métaphoriquement. Il s’agit d’être absorbé par le visuel, de s’en pénétrer…

Noter rapidement les mots qui viennent sans souci aucun de la signification de ce qui s’écrit, sans se préoccuper de l’écriture, de sa pertinence grammaticale ou sémantique, ni de la construction ou du style.

La recherche ne portera pas forcément sur le sens mais sur la résonance que provoque en nous la contemplation de ce visuel, les mots que cela fait remonter (les mots prioritairement et non les idées). Il y aura sans doute, comme cela peut être le cas en arts plastiques (photo, peinture, sculpture…) trouver des lignes, un rythme, une musique… On fera passer en priorité le signifiant plutôt que le signifié…

La contrainte 

Elle sera dans un second temps dans la mise en forme du texte, dans sa calligraphie (qui pourrait prendre la forme d’un calligramme). Le but est de produire un ensemble visuel / texte agencé dans une page, texte et visuel formant une composition plastique qui sera reproduite comme telle sur le site (et dans le document imprimé en fin d’atelier).

 Textes de référence

- Peinture et poésie.pdf

Laisser un commentaire

Classé dans Les ateliers

Textes de Renaud – L’instant T

20 octobre 2011, 9 heures

Arcimboldo Kourkof, ébloui par les premiers rayons du soleil se reflétant sur l’écran de son ordinateur, sortit de sa rêverie dans laquelle les paroles de la chanson qu’il venait d’écouter à la radio l’avait plongé ; il décida de relire les premières phrases qu’il venait d’écrire à Narcisse, sa fille. Le mail auquel il répondait avait été imprimé et posé sur la table de travail, à côté de son clavier. Il se trouvait dans son « espace bureau », qu’il avait aménagé, à la mort de son épouse, dans ce recoin du salon où il se sentait bien. Arcimboldo fit pivoter son siège de 90 degrés et regarda à travers la baie vitrée : les premiers rayons du soleil qui commençaient à percer annonçaient une belle journée. Le quartier résidentiel où habitait Arcimboldo allait offrir dans quelques heures à ses habitants ses belles couleurs automnales. Ce quartier, situé dans la partie basse du village, avait été construit au moment du boom économique régional. Sa situation, en bord du ruisseau, lui donnait un air bucolique que les autres quartiers de la ville n’avaient pas. La végétation avait eu le temps de pousser et les maisons, plutôt rapprochées les unes des autres, semblaient avoir été disséminées dans un grand jardin. D’où il se tenait, Arcimboldo pouvait voire en premier plan le bosquet de boulots qu’il avait lui-même plantés, ainsi que le sentier sinueux, qu’il appelait « chemin du jardinier » très bien entretenu, qui ondulait entre les 3 massifs de fleurs harmonieusement disposés dans l’espace pelouse avant de finir au potager. Quelques arbres fruitiers faisaient la limite avec le voisinage de ce côté ci du terrain. Les seules fleurs rescapées du premier froid étaient les chrysanthèmes jaunes et rouges qu’affectionnait particulièrement Arcimboldo et qu’il avait plantées en bordure des trois massifs. Le potager avait été entièrement remué et une couche de fumier venait d’y être étalée. Par Arcimboldo, qui s’occupait lui-même de son jardin. Dans une à deux heures, le ruisseau sortirait du brouillard et apparaîtrait derrière le jardin du voisin. Arcimboldo habitait ce quartier depuis moins de dix ans et s’y trouvait bien. Une fois l’agitation retombée (mais que vient faire un type pareil dans notre quartier ?), les habitants l’intégrèrent dans leur environnement et leurs habitudes, transformant leur sentiment de méfiance initiale en sentiment de fierté qui s’estompa, devant la simplicité d’Arcimboldo, en indifférence ou sympathie. Arcimboldo retourna brusquement son siège face à son écran pour relire les premières phrases du mail qu’il venait de commencer pour sa fille.

Puis il se ravisa et pivota son siège de 180 degrés pour se retrouver face au salon. La chanson dit « à texte » dont il avait retenu les paroles l’avait plus que troublé. Et il se demandait bien pourquoi. Il se trouvait à l’instant présent dans cet état indéterminé, où angoisse et peur tapies au plus profond de l’être étaient prêtes à sauter les barrières bâties par les épreuves du temps. Il passa son salon en revue, vérifiant que tout était à sa place. Quand l’angoisse montait, il fallait s’accrocher au matériel. Le long salon rectangulaire avait été aménagé en différents espaces bien différents les uns des autres, bien éclairés par une enfilade de baies vitrées, disposées plein sud. L’«espace bureau » dans lequel il se trouvait, était situé après « l’espace déjeuner », attenant à la cuisine ; après l’ »espace bureau » se trouvaient l’ « espace livres», puis « le coin où l’on cause » et pour finir, le « coin musique ». Chaque « coin » avait son caractère : du plus moderne (« espace déjeuner ») au plus traditionnel (« espace livres »). Ces différents espaces se renvoyaient les uns et les autres, soit par un élément décoratif mural, soit par un des objets, pas très nombreux, disposés sur les quelques meubles de la pièce. La bibliothèque de l « espace livres » impressionnait la plupart de ses visiteurs. L’unité était apportée par la couleur ocre des murs et la patine des vieilles dalles du sol. Le tapis en laine nouée du Kazakhstan sur lequel était posé le piano, caractérisait « le coin musique». L’impression générale qui se dégageait de ce salon était une certaine quiétude, teintée de respect ou de jalousie (ou un mélange des deux sentiments) pour la plupart des visiteurs. Arcimboldo, de sa chaise, passa les différents espaces du salon en revue de son regard acéré. Tout était en ordre et rangé. Il fit à peine attention au catalogue de voyages qu’il avait déposé ce matin même, ouvert,  sur  la table basse de l’ « espace livres ». Par contre son regard s’arrêta sur le livre, déposé à côté du catalogue de voyage, qu’il avait commencé ce matin lors de son moment de lecture matinal et qu’il avait eu du mal à lâcher.

Arcimboldo s’était construit, ces derniers mois, un rituel pour lancer, presque mécaniquement, sa journée : réveil, puis gymnastique, puis douche froide, puis petit-déjeuner, puis lecture, puis réponses aux mails qui lui étaient arrivés, du monde entier, dans les dernières 24 heures. Il n’aimait pas beaucoup ce moment là, sans vraiment le détester non plus : les mails qui lui parvenaient émanaient la plupart du temps d’inconnus qui l’interpellaient sur tel ou tel sujet, pas forcément scientifique. Il ne se sentait pas le droit d’ignorer les personnes qui se donnaient la peine de lui écrire et se forçait donc à répondre à chaque mail reçu. Cet exercice changeait de nature dans deux occasions. La première était quand le courrier électronique servait de support aux échanges et polémiques avec les autres savants de son domaine, en réaction d’écrits plus conséquents comme des articles ou des livres. Là, Arcimboldo se plongeait avec délices dans les débats scientifiques de haut niveau qu’il pratiquait depuis si longtemps sans s’en lasser. La deuxième occasion, récente, correspondait aux échanges réguliers qu’il avait avec sa fille via la messagerie électronique. Là, il plongeait avec émotion dans ces échanges qui le nourrissaient bien plus qu’il ne le pensait.

Narcisse vivait à Kiev depuis peu de temps. Narcisse avait 20 ans. Elle était la seule enfant d’Arcimboldo. Arcimboldo était déjà âgé de 55 ans quand il devint père, mais en paraissait beaucoup moins. Il avait épousé un an plus tôt Corinne, de vingt ans sa cadette qu’il avait rencontrée au Centre Européen pour la recherche nucléaire de Genève. Arcimboldo, figure éminente de l’infiniment petit avait intégré ce centre presque naturellement après une carrière brillante qu’il avait commencée en Russie, poursuivie aux Etats-Unis et terminée en Suisse. Quand Arcimboldo avait exprimé son envie de venir en Europe, un haut responsable du Centre Européen de recherche nucléaire saisit immédiatement cette occasion pour le faire venir à Genève, ravi de l’aubaine d’avoir une personne d’une telle renommée dans son équipe. Corinne, quant à elle, avait été embauchée dans l’équipe de communication du centre quelque temps avant l’arrivée d’Arcimboldo, plus par opportunité que par conviction. Arcimboldo, toujours célibataire à plus de cinquante ans, eut à peine le temps de s’interroger sur son envie diffuse de fonder une famille quand il commença son aventure avec Corinne, qu’il se trouva marié et père de famille. Et pleinement heureux de sa nouvelle situation. Arcimboldo et Corinne vivaient une vraie histoire d’amour, qui leur paraissait, à l’un et à l’autre, quasi miraculeuse au vu de leurs différences. Quand, dix ans plus tard, Arcimboldo, devenu français entre temps, fit valoir ses droits à la retraite pour se consacrer à ses recherches personnelles, Corinne démissionna sans état d’âme (elle n’aimait pas sa vie à Genève) ; elle emporta fille et mari dans sa ville natale du sud de la France, où la tante qui l’avait élevée, et qui était sa seule famille, maintenant très âgée et à laquelle il ne restait que quelques mois à vivre, la réclamait. Corinne mourut deux ans après sa tante, emportée par une pneumopathie. Arcimboldo, abasourdi, se trouva ainsi, seul, avec une adolescente pleine de vie à accompagner. Jamais il n’aurait imaginé sentir une douleur plus aiguë que celle qu’il l’avait frappée à la mort de ses propres parents, sa seule famille, disparus dans un accident d’avion lors d’un voyage transatlantique qui les amenait vers leur fils, plongé alors dans sa période étatsunienne.

De sa mère, d’origine italienne, Arcimboldo avait hérité d’un sens matérialiste prononcé, plutôt anachronique pour son entourage professionnel porté au mysticisme (l’infiniment petit et l’infiniment grand sont très proches!), complété par un lien affectif qui le liait au peintre du XVI ième siècle dont il tenait son prénom. De son père, mathématicien russe de grande renommé, rêveur et grand lecteur, il avait hérité d’une faculté d’abstraction hors du commun et le goût des livres, pas uniquement scientifiques. La reproduction de la peinture placée en bonne place dans le « coin livres » du salon représentait la quintessence de ses influences parentales.

Quand sa femme disparut, Arcimboldo venait d’avoir soixante dix ans. Narcisse en avait quinze. Narcisse avait eu très tôt le goût de la dialectique et du sens critique : à quinze ans, ce goût qui horripilait sa mère et amusait  son père, était à son paroxysme. Ce sens critique survécut à la mort de Corinne et prit une profondeur insoupçonnée. Arcimboldo comprit immédiatement qu’il devait se montrer disponible, ouvert et sincère avec sa fille afin qu’elle puisse traverser cette période douloureuse sans trop de casse et vivre, plus tard, le mieux possible avec la blessure que la vie venait de lui infliger. Il suspendit ses recherches personnelles et tenta d’organiser sa nouvelle existence en employant sa rigueur scientifique pour dompter le quotidien. Pendant ces quelques mois de tâtonnement où la douleur insupportable lui donnait l’impression de vivre dans un brouillard permanent, il fut porté par l’obsession de ne pas perdre sa fille. Non seulement il prit soin de l’écouter mais aussi de lui parler avec franchise. Et petit à petit, la vie reprenant le dessus, les échanges émouvants, difficiles, où les larmes jaillissaient facilement d’un côté et difficilement retenues de l’autre, se transformèrent en joutes intellectuelles sur les sujets de société, forts divers, que proposait Narcisse. La jeune adolescente vindicative se transforma en jeune femme sensible, révoltée par toute forme d’injustice et d’inégalité sociale, redoutable oratrice, offrant à son père la contradiction dans différents domaines des sciences humaines dans lesquels il ne se sentait pas très à l’aise.

Arcimbolo refit un nouveau tour de 180 degrés pour se retrouver devant son écran, prêt à se plonger dans la relecture du mail qu’il avait commencé. En se retournant il donna involontairement un coup de pied au vieux chat de la maison qui s’apprêtait à sauter sur ses genoux. Sa chevelure blanche se refléta sur l’écran. Arcimboldo faisait étonnamment jeune. Il avait une constitution physique remarquable et ne connaissait aucun des pépins de santé des gens de son âge.  La plupart des personnes lui donnaient vingt ans de moins. Il était mince et de taille moyenne. Il se dégageait de son attitude générale une assurance bienveillante, où la prétention était absente. Son regard plutôt dur, s’adoucissait dès qu’il engageait la conversation. Il mettait à l’aise son interlocuteur, de prime abord impressionné par sa réputation de savant, en trouvant le mot juste. Une belle chevelure abondante et bouclée encadrait un visage plutôt rond, qui était resté longtemps imberbe et poupin ; l’âge faisait maintenant son œuvre, mais sans excès. L’exercice journalier de la gymnastique et la pratique du jardinage, lui donnaient un teint hâlé qu’il gardait tout le long de l’année. A la mort de son épouse, Arcimboldo avait du réduire le temps qu’il consacrait à son travail (pour lui, la retraite n’avait pas grand sens) pour s’occuper de sa fille ; pour son équilibre il se consacra également à des activités plus prosaïques (comme le jardinage) auxquelles, à sa grande surprise, il prit grand plaisir. Lorsque  Narcisse le quitta, il y a quelques mois, pour aller réaliser son stage d’un an à Kiev il se trouva devant un vide qui lui fit peur. Pour faire face il se mit en « surrégime » : il se fixa un emploi du temps particulièrement serré le matin, moment de la journée où il se sentait le plus fragile.

Arcimboldo se retrouva face au mail qu’il avait commencé pour sa fille. Il commença sa lecture.  Les paroles de la chanson s’étaient estompées de son esprit. Arcimboldo pensa : « quand j’aurai terminé ma réponse, je l’imprimerai puis je la classerai. Puis je me sentirai bien». Mais il n’était pas sûr de lui.

Laisser un commentaire

Classé dans Arcimboldo Kourkof, Les personnages, Les textes écrits, Texte de Renaud

Textes d’Ersie – L’instant T

20 octobre 2011, 9H

Ali était assis dans la cuisine en train de mordiller son crayon.

Ali se réveilla ce matin à 8h28. Il resta allongé et écouta la météo les yeux fermés. Il n’aimait pas les jours de grève : Il n’y avait pas de bulletin météo et cela le rendait nerveux. Mais ce matin-là tout allait bien. Il enregistra dans sa tête les températures prévues aux quatre coins de l’hexagone. Lorsque à la radio il entendit « Il est 8 heures 30 » il consulta la montre à son poignet. « 8 heures- 30 minutes- 15 secondes ! » Ali eut un petit rire de satisfaction. Grâce à sa montre radio-pilotée il disposait toujours de l’heure exacte ! A la radio ils avaient 15 secondes de retard !

Il lui sembla entendre le vieux sage là bas au village :

- Tu n’a pas besoin de montre mon fils ! Quelle heure est-il ? Quel temps il va faire ? Qu’est-ce qu’il va se passer aujourd’hui ? Tout est écrit ! Il suffit de regarder le ciel ! 

Pas besoin de montre ??? Regarder le ciel !!! Il voudrait bien le voir le vieux ici ! Dans cette banlieue à côté de Toulouse ! Dans ce sombre appartement au rez-de-chaussée ! Certes les habitants pensaient que la ville avait du charme. Elle était construite sur une colline. Avec des maisons spacieuses près du sommet. Et avec l’immeuble social tout à fait en bas. Ali y habitait avec son frère. De sa minuscule fenêtre Ali ne voyait pas le ciel. Et sans accès au ciel comment diable connaître la météo ou prévoir ce que la journée nous réserve ?

Sa journée ??? A 28 ans, il travaillait en tant que contrôleur au métro toulousain. Cela lui donnait une certaine importance. Et la possibilité de rêver un peu… Son job consistait à regarder les passagers mettre eux-mêmes leur titre de transport dans le portique automatique.

Il se leva et se regarda dans la glace.

- Tante Asma a raison ! Avec mon physique et ma situation il temps de me marier !

Il se regarda de plus près. Il était grand… la tête carrée… la mâchoire décidée…l’œil vif !

- Je suis quand même beau gosse ! Je gagne ma vie ! Je porte un uniforme ! Plus d’une fille au pays me prendrait comme mari… Alors pourquoi diable Naima a préféré partir ? Même pas avec un autre ?

Il sentit la colère l’envahir.

- Qu’est-ce qu’elle voulait au juste ? J’ai un joli appartement, de beaux meubles, une radio, une télévision !

Dans sa fureur il déforma la réalité : le logement appartenait à son frère. Ils avaient récupéré les meubles chez un ami. Plus d’une fois Naima lui avait dit qu’ils étaient vieux et sans aucun goût.

Sa colère ne dura pas longtemps. Ali était préoccupé.

Il resta indécis derrière la porte.

Il tendit l’oreille. Rien !

Il s’habilla et traversa sans faire du bruit le salon. Il s’arrêta un moment pour regarder l’homme qui dormait sur le canapé. Il ne saurait pas dire pourquoi mais cet inconnu lui était antipathique. Depuis qu’il était là Ali ne se sentait pas chez lui. Pourquoi son frère avait voulu l’héberger ?

Il rentra dans la cuisine. Il ne supportait pas le silence. Il alluma la radio. Le journaliste parlait de l’année 2012. Il capta des mots comme « 2012… Fin de monde…. Calendrier Maya…. »

Il s’assit pour prendre son café. Il avait besoin de réfléchir et prendre des décisions. Cette perspective l’angoissait ! Jamais il ne prenait des décisions… il suivait en général l’avis de son frère. Pourtant aujourd’hui il fallait y arriver !

- Qu’est-ce que je vais faire avec cet homme ? Il faut que je lui parle… Non ! Lui écrire ? Le mettre à la porte ?

Il regarda son chat en attendant une réponse. Le matou le contempla un instant puis ferma les yeux. Ali soupira. Des pensées encore plus importantes le tourmentait.

Il sortit de sa poche la photo d’un homme tatoué découpé dans un magazine. Il caressait l’idée de se faire tatouer. Naima aimait-elle les hommes tatoués ?

Un livre et un catalogue de voyages étaient posés sur le banc de la cuisine. Il parcourut le catalogue. Naima aimait les voyages ! Il pourrait lui proposer de l’amener en Inde ! Il sourit avec son audace. Au fond de lui il savait qu’il n’en était pas capable ! Elle ? Elle serait capable de partir ! Lui ? Cette seule perspective l’effrayait !

Il avait décidé de lui écrire… De lui dire… Il déplia la lettre qu’il avait commencé sans la regarder. Il avait juste écrit : Naima ! NAIMA !

A la radio il entendit « 20 octobre 2011. Il est 9 heures ! » Ali était tellement préoccupé qu’il oublia de vérifier l’heure à sa montre.

Laisser un commentaire

Classé dans Ali, Les personnages, Les textes écrits, Texte d'Ersie

Françoise – Présentation personnelle

Laisser un commentaire

Classé dans Françoise, Les participants

Richard Beugné – Présentation personnelle

   • biographie

Auteur édité chez Hachette Jeunesse, Milan (Les Encyclopes), Gallimard (Série Noire), Hatier (Premières lectures), salarié ou free lance de l’édition (Bordas, Albin Michel, J’ai lu, Le Robert, Gautier Languereau), rédacteur pigiste (Quoi Lire, Pages des libraires), richard Beugné a pratiqué l’écrit sous de nombreuses formes. Actuellement chargé de communication, il travaille à deux projets de romans, anime l’atelier d’écriture qu’il a initié à Labège. Il est titulaire du DUAAE (Diplôme d’Animateur d’Atelier d’Ecriture) de l’Université Paul Valéry (Montpellier).

les ateliers d’écriture : démarche suivie

L’atelier d’écriture à Labège se déroule à raison de deux séances de deux heures par mois. Chaque séance a pour but de produire un texte court, lequel s’insère néanmoins dans un ensemble autour d’une thématique ou d’un projet global. Le dispositif d’écriture change donc à chaque fois. L’inscription est ouverte à toutes et tous, Labégeois ou non, et gratuite. Il est possible de prendre connaissance des consignes et de lire les productions sur le blog : http://dirlici.wordpress.com

publics : adultes / débutants, confirmés

Bibliographie

* Patachou Tartopome, série, éditions Hatier, Premières lectures – Trois titres parus -
* Le Monde des pôles – Arctique, Antarctique, éditions Milan, Les Encyclopes, 2006 (Réimprimé sous le titre Arctique, Antarctique – D’un pôle à l’autre)
* Les confessions de Nono Crobe, éditions Gallimard, Série Noire, 2004
* Les aventuriers de l’Histoire – Série,  Bayard jeunesse
* Indiana Jones Junior – Série – Bibliothèque verte, Hachette Jeunesse
* Saturnin – Série – Bibliothèque mini-rose, Hachette Jeunesse

Laisser un commentaire

Classé dans L'animateur, Richard

Cécile

1 Commentaire

Classé dans Cécile, Les participants

Bérangère

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Ersie

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Christian

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Renaud

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Gaëla

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Corinne

Laisser un commentaire

Classé dans Les participants

Premier atelier – 20 octobre et 3 novembre – L’instant T

Premier atelier

Il a fait l’objet de deux séances

1°  jeudi 20 octobre

Chaque participant  a défini :

Un personnage

Son identité (Nom, prénom, âge, profession…)
Son  physique
Sa profession (ou s’il est sans, son occupation journalière)
Ses hobbies, ses centres d’intérêt
L’endroit où il vit (quartier, maison ou appartement, lieu précis où il se trouve à l’instant T)
L’occupation qui est la sienne à l’instant T (est-ce une occupation habituelle, exceptionnelle ? s’inscrit-elle dans un déroulement d’actions quotidiennes ? se rapporte-t-elle à un rituel ?
Les pensées qui l’occupent, les sentiments qu’il éprouve à l’instant T (ses pensées sont-elles concentrées sur le présent, ou bien de l’ordre de la remémoration ou de la projection dans le futur ?
Ce personnage est-il seul ou en famille ?

Une action (comme si le temps était suspendu à l’instant T)

      Elle se limitera à l’un des actes de la vie quotidienne (prendre son petit déjeuner, faire sa toilette, etc) à l’instant T.

La description du lieu doit comporter :

- Un visuel (tableau, photo, poster)
- Décor intérieur (de quel genre)
- Décor extérieur, visible à travers une fenêtre
- Un son (une chanson française, un discours, un débat, une émission de radio…) lié à un support médiatique (radio, téléviseur, lecteur…)
- Un livre, une revue…
- Une catalogue de voyage (ouvert)
- Un courrier (lettre, mail…) en cours de rédaction
- Un animal domestique…

L’idée est de travailler, durant notre saison d’ateliers, à capter tout ce qui constitue un instant (et de plus, un instant particulier qui précède un événement d’importance, lequel sera dévoilé pendant la dernière séance (ou les deux dernières – à voir)

Il y a bien évidemment dans tout instant comme dans toute vie, même la plus maniaquement programmée, une part de hasard, d’imprévu. Je propose donc, pour faire appel à la notion de sérendipité pour nous aider à définir notre cahier des charges.

Nous pouvons y recourir, par exemple, pour trouver le nom de chacun des personnages. Comment ? Tout simplement en utilisant les livres de la médiathèque.  Ainsi, il pourrait être amusant que notre personnage porte le nom d’un écrivain connu (cette homonymie est susceptible de favoriser une forme de distanciation humoristique…)

Consignes au format PDF (à consulter ou télécharger)
Consignes

Textes de référence (Extraits)
Cahier des charges de la vie mode d’emploi de Georges Perec
Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino

La Sérendipité

2° séance du 3 novembre : écriture du texte

Dans un premier temps :

On a repris les éléments définis lors de la précédente séance. Une contrainte : faire débuter le texte  par la date et l’heure (définies ensemble précédemment – soit : 20 octobre. 9 heures), suivies immédiatement après par le nom du personnage.

Le texte a été écrit à la troisième personne du singulier, au passé (Position d’un narrateur omniscient). On s’est efforcé d’écrire avec le moins de subjectivité possible (voir extrait ci-dessous)

Au bout de deux heures nous échangeons nos feuilles, chacun de nous corrige les fautes d’orthographe de l’autre à l’aide du dictionnaire et, en bas de la page, écrit: « Bien », ou « Pas bien ». Si c’est « Pas bien », nous jetons la composition dans le feu et nous essayons de traiter le même sujet à la leçon suivante. Si c’est « Bien », nous pouvons recopier la composition dans le Grand Cahier.
Pour décider si c’est « Bien » ou « Pas Bien », nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons.
Par exemple, il est interdit d’écrire : « Grand-Mère ressemble à une sorcière » ; mais il est permis d’écrire : « Les gens appellent Grand-Mère la Sorcière ».
Il est interdit d’écrire : « La Petite Ville est belle », car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre.
De même, si nous écrivons : « L’ordonnance est gentil », cela n’est pas une vérité, parce que l’ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons donc simplement : « L’ordonnance nous donne des couvertures. »
Nous écrirons : « ”Nous mangeons beaucoup de noix », et non pas : « Nous aimons les noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère », cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits. »

Agota Kristof, Le Grand Cahier

Deuxième temps

On a réécrit le texte en supprimant toute ponctuation autre que le point (donc, sans aucune virgule, pas de point virgule). Seulement utilisés : point, point d’exclamation, point de suspension, double point (dit aussi deux-points), point d’interrogation, tiret…  Cet exercice devrait conduire à resserrer le texte, à lui donner un rythme plus soutenu. En effet, la phrase devrait être plus courte. Possibilité d’avoir recours aux phrases nominales (sans verbe). Les subordonnées pourront être utilisées seules, et non articulées avec une proposition principale.

Consignes au format PDF (à consulter ou télécharger)
Consignes

Laisser un commentaire

Classé dans Les ateliers

Présentation de l’Atelier DIRLICI

L’atelier d’écriture Dirlici est un lieu de rencontre et de créativité où l’on se retrouve dans le but d‘écrire des textes selon des thèmes et des modalités proposés par l’animateur. Il  regroupe un petit nombre de personnes qui s’efforcent de participer régulièrement.

Les séances durent environ deux heures  et se décomposent en

  1. Un exposé du dispositif à base de consignes et de contraintes d’écriture
  2. Une prise de connaissance des textes de référence Suivi d’une mise en application par des exercices d’écriture.
  3. Un temps de réflexion individuel et collectif suivi d’un temps d’écriture
  4. Une lecture à voix haute par chacun des participants des textes écrits
  5.  Un échange  entre les membres du groupe à propos des textes lus

Hors atelier

Un travail préliminaire peut être demandé sous forme de prises de notes de façon à constituer une matière de travail.

Les textes écrits en atelier sont envoyés à l’animateur par messagerie électronique de façon à être publiés sur le blog.

Laisser un commentaire

Classé dans Présentation générale

Présentation de l’atelier 2011-2012

Un écrit collectif « Ici ailleurs »

Il s’agira d’inscrire les écrits dans une trame. Celle-ci n’aura pas nécessairement la forme d’un roman, mais plutôt d’une totalité (le mot « texte » ayant la même étymologie que le mot «textile»). Les ressorts ne seront pas nécessairement narratifs ; on pourra avoir recours à d’autres types d’enchaînements basés sur des associations d’idées, des jeux de mots, des coïncidences, des renvois… Pour livres de référence, nous aurons par exemple, La Vie mode d’emploi de Georges Perec, Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino, Le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, Marelle de Julio Cortazar, Le Grand Incendie de Londres de Jacques Roubaud. Nous aurons également pour but de travailler sur les voix étrangères, l’écriture du voyage. Certains textes poétiques tels La prose du transsibérien de Blaise Cendrars pourront nous inspirer.

Nous essaierons d’organiser les écrits en fonction d’une structure ramifiée, tout en faisant appel à la notion de « sérendipité » qui est le fait de réaliser une découverte inattendue au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte.

Si la plume vous démange, que vous écriviez déjà ou que vous n’ayez jamais écrit, n’hésitez pas à sauter le pas. Vous découvrirez qu’écrire en groupe peut être plaisant, gratifiant, stimulant, et bénéfique aussi sur le plan personnel. L’inscription est gratuite… L’ambiance reste décontractée. Bienvenue à tous.

Formulaire d’inscription à télécharger et imprimer : cliquez ici

Planning

jeu. 20 oct. 2011 20 – 22:30  Atelier d’écriture
Vacances Toussaint  – du 22 octobre au 3 novembre
jeu. 3 nov. 2011 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 24 nov. 2011 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 15 déc. 2011 20 – 22:30  Atelier d’écriture
Vacances Noël  – du 17 décembre au 3 janvier
jeu. 12 janv. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 26 janv. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 9 févr. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écrtiure
Vacances Hiver  – du 11 février au 27 février
jeu. 23 févr. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 15 mars 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 5 avr. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
Vacances Printemps  – du 7 avril au 23 avril
jeu. 26 avr. 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture
jeu. 10 mai 2012 20 – 22:30  Atelier d’écriture

Laisser un commentaire

Classé dans Présentation générale